13 juin 2010

Tour Courbet ouest

8 juin 2010, bientôt 6 mois que j’ai quitté la métropole.

Depuis mon arrivée, j’essaie d’arpenter au maximum ce bout de terre égaré. Et pourtant, Kerguelen ne cesse de me rappeler que l’étonnement et la découverte ne sont pas une question d’âge. L’œil est constamment sollicité. Petit à petit, l’île dévoile son intimité qui me semble désormais sans limites. Et c’est toujours avec ce sentiment d’être un privilégié que je continue et continuerai à saisir cette chance. La chance de pouvoir observer, écouter, sentir, s’émerveiller et évoluer dans cette Nature face à laquelle je ne peux être que le spectateur.

C’est en tout cas ce que m’ont encore montré ces 5 jours de randonnée sur Courbet Ouest. A moins de deux jours de marche de la base, le contraste avec tout ce qui nous raccorde à la société n’en est que plus flagrant.

Jeudi 3 juin 2010.

Il est 7h30, le jour se lève à peine. Nous sommes quatre à prendre la route : Pierrick et Alexis (les 2 ornithos), Matthieu (Gener = VAT chargé de la logistique IPEV) et moi.

Le ciel est dégagé. Le vent est faible. Autant dire des conditions climatiques hivernales presque inespérées pour ce premier jour de transit vers Studer.

Alors que mes 3 compagnons le découvrent pour la première fois, j’entame mon troisième pèlerinage vers ce site dont j’ai déjà fait l’éloge.

A moins de 4h de marche de la base, les visiteurs ne sont pourtant pas très nombreux. Ces derniers s’arrêtant en général à la cabane de Jacky (à mi chemin). L’entrée du Val n’est pourtant pas à plus de 10min de marche et offre une vue qui vaut largement ce petit effort supplémentaire.

En ce qui nous concerne, Jacky ne sera ni plus ni moins qu’un prétexte pour une pause café avant de nous engager pour 2h de marche dans le Val Studer.

Baigné dans une lumière rasante, les contrastes s’accentuent et les couleurs se font plus vives. Sur notre droite et notre gauche, s’érigent deux barrières rocheuses où s’écoulent nombre de cascades. Scintillantes sous l’effet du soleil, c’est la roche elle-même qui semble briller. Une nappe de nuage bas flotte au dessus du lac principal à côté duquel est installée la cabane. J’ai l’étrange sensation d’être dans un songe, d’évoluer dans un rêve. Le décor est pourtant tout ce qu’il y a de plus réel.

arrivée à Studer

Arrivés à la cabane, il nous reste 2 heures avant que la nuit tombe (vers 17h). Avec Alexis, nous décidons de nous rendre à la Grande Cascade qui se trouve à 15 min de notre refuge. Enclavée dans la roche, elle est presque invisible depuis le val. Il faut s’enfoncer dans une gorge étroite de près de 200m de haut pour l’apercevoir. Le bruit est fracassant. L’eau chute et s’évapore avant même de toucher de sol. Les embruns nous arrosent. J’ai l’impression d’être au bout du monde…mais est-ce seulement une impression ?

Vendredi 4 juin 2010.

Baie Charrier est à environ 7h de marche de Studer. Les journées étant de plus en plus courtes, il nous faut prendre la route le plus tôt possible pour être sûr de rallier notre destination avant la nuit.

Les prévisions météo de la veille s’annoncent moins engageantes : chutes de neige et un vent d’Ouest pouvant atteindre plus de 70 nœuds en fin de journée. Or de question de s’attarder pendant le transit.

Nous quittons donc la cabane de Studer et commençons à remonter la vallée de rivière du Sud. Fort heureusement, nous sommes abrités du vent par les reliefs alentours et la première heure de marche se fait même sous un ciel bien dégagé.

Mais tout d’un coup, l’atmosphère s’assombrit. Les massifs qui nous font face commencent à s’estomper puis à disparaître. Il est temps de fermer les vestes, d’enfiler les masques et de mettre les capuches. Car c’est un véritable rideau de neige qui commence à s’abattre sur nous. Ces averses sont de courte durée et nous finissons par atteindre le Lac Margot sous une belle éclaircie. Le Mont Moseley s’érige devant nous à près de 730m d’altitude. La vallée dans laquelle s’écoulé la rivière du Nord est recouverte d’une pellicule blanche qui contraste avec la couleur sombre de la roche volcanique et des nuages. C’est un paysage en Noir&Blanc que nous observons.

La traversée de la vallée pour rejoindre le col qui conduit à la Rivière des Chasseurs (et un peu plus loin à Baie Charrier) s’avère difficile. La neige est de nouveau parmi nous. Le vent s’engouffre dans le val et balaie tout. Par moment, il nous est impossible de voir à plus de 3m. Nous sommes dans le blizzard…

Les épisodes ne durent guère plus de 15min et les accalmies ensoleillées sont nombreuses. Nous franchissons le col. A l’horizon, l’Océan se profile. Nous approchons du but !

Afin de nous affranchir d’une marche dans les souilles de la rivière des Chasseurs, nous décidons de descendre jusqu’à Baie Charrier par le Plateau de Sauveterre. Encore deux ou trois épisode de blizzard et le ciel se dégage définitivement. Depuis les hauteurs du plateau, nous avons une vue grandiose sur la rivière des Chasseurs, son embouchure, la baie, le Mt Moseley et le Plateau Méjean.

Baie Charrier

Vers 15h, nous arrivons à la cabane de Baie Charrier. Très peu fréquentée, elle garde les séquelles du temps et des intempéries. Nous sommes bien loin du confort de la cabane de Studer. Pas de radian et trois matelas pour 4…mais une chaleur humaine réconfortante et la sensation si agréable de vivre des moments inoubliables.

Samedi 5 juin 2010.

Après une nuit passée entre les ornithos, nous quittons Baie Charrier sous un soleil radieux pour rejoindre la Baie des Cascades et la cabane de Rivière du Nord.

Baie Charrier depuis le plateau Méjean

La journée commence par une petite promenade matinale sur la plage où Papous et Eléphants de mer ont élu domicile. Un peu plus loin dans la vallée, nous apercevons deux Rennes. Mais une belle montée jusqu’au Plateau Méjean nous attend. Un dernier coup d’œil en contre plongée à ce coin de paradis qu’est Baie Charrier puis nous faisons cap vers la Table de Diomède. Et au passage d’une crête, une superbe surprise s’offre à nous. Devant nous, s’étale le nord de la Péninsule Courbet. Il m’est ainsi possible de retracer une partie de la marche que j’avais faite il y a déjà un peu plus de deux mois avec Maurice et Laurence. Cataractes, Cap Cotter, Mont Campbell, Colline de l’Azorelle, lac Marville…autant de lieux qui m’évoquent bien plus que de simples noms !

péninsule Courbet depuis le Plateau Méjean

Au fur et à mesure que nous avançons, la Baie des Cascades et le Cirque Moseley se dévoilent. A l’abri du vent, l’eau de la profonde baie est tel un miroir.

Cirque Moseley

Baie des Cascades

Nous sommes accueillis par les Eléphants de mer, les Papous et les Manchots royaux…comme si le paysage ne suffisait pas ?

Situés à l’embouchure de Rivière du Nord, la cabane est constituée de deux petits modules rouges bien plus récents qu’à Baie Charrier. Néanmoins, un des deux modules ayant perdu son plancher lors de la dépose en hélicoptère, un seul est « souris proof » et habitable ! Le second servant uniquement de lieu de stockage. Le temps d’une soirée et d’une nuit, nous cohabitons donc à 4 dans ce cube de 2m de côté. Pas besoin de radian dans ces conditions (de toute façon lui aussi a été perdu en même temps que le plancher…). Par ailleurs, notre ami Gener avait oublié de nous dire que la cabane n’avait pas de matelas. C’est donc à même le sol que nous avons passé la nuit ! Merci Géner….

embouchure de Rivière du Nord

Dimanche 6 juin 2010.

Finalement, la nuit n’aura pas été si mauvaise que ça ! Certes, ce n’est pas sans douleurs au dos que nous reprenons notre périple, mais la beauté de la vallée de Rivière du Nord et du Mt Moseley nous font rapidement oublier ces désagréments d’ordre physique.

Mont Moseley

Rivière du Nord

Alors que nous évoluons dans ce paysage vierge de toute présence humaine, la pluie, le brouillard et le vent viennent bientôt nous rappeler que nous sommes à Kerguelen et qu’il faut savoir composer avec la météo !

Il nous est difficile de voir ce qui nous entoure. Chacun se branche donc sur le mode « marche automatique ». Ainsi déconnectés de toute réalité, qu’elle soit physique, visuelle ou temporelle, nous marchons d’un bon pas pour rentrer sur Studer.

Au bout de 5h, nous retrouvons la cabane. Que dis-je ?…le palais de Studer : 3 radians, 6 couchages, une épicerie, des WC, une table et des chaises, une cuisine,…

Histoire de se faire pardonner de ne pas nous avoir prévenu de prendre des tapis de sol pour la veille, Matthieu décide de nous préparer des Calzone ! Et autant dire qu’après 4 jours de marche, ces dernières sont accueillies comme il se doit par nos estomacs ! En voilà un qui sait se faire pardonner !

Lundi 7 juin 2010.

Les meilleures choses ont une fin et il est déjà temps de rentrer sur base. Le transit n’étant pas bien long, nous profitons du confort des matelas de Studer pour faire une grasse matinée.

Il est presque 11h quand nous fermons les portes de la cabane.

Histoire de varier un peu, nous décidons de nous rendre à Jacky en passant par le Plateau du Tussok. Depuis la crête, il nous est possible d’avoir une vue panoramique sur le Val Studer, Rivière du Sud, Mt Crozier et Montagne Verte (deux sommets réalisables depuis Studer et que je ne manquerai pas de faire pendant l’été !). Et le ciel étant clair, il nous est possible d’apercevoir la base, Isthme Bas et une partie du Golf…encore et toujours des vues qui se passent de commentaires !

Val Studer depuis le Plateau du Tussok

Nous arrivons sur base vers 16h. Et comme d’habitude, malgré la déception de retrouver ce milieu anthropisé, le plaisir de lire les mails, de prendre une douche et d’enfiler des vêtements propres…

Sur base, l’ambiance est aux préparatifs ! Car la Mid Winter (coutume de toutes les bases polaires et subpolaires mondiales) approche à grands pas (du 21 au 25 juin)…mais ça, ça sera l’objet d’un futur post…

17 mai 2010

les ornithobios

Enfin propre !

Les affaires sales sont dans la machine, le sac est débarrassé, les mails sont lus, les photos sont téléchargées.

Ne me reste plus qu’à écrire pour achever ce petit rituel de retour de manip...


Bonjour tout le monde.


Voici deux semaines que j’ai quitté PAF pour retrouver les îles du Golf. Après avoir crapahuté à Sourcil Noir et Phonolite, Lise et moi avons retrouvé cet environnement qui nous est plus familier. Les îles sont notre terrain de jeu favori et je ne me lasse pas d’arpenter celles sur lesquelles nous avons la chance de séjourner. Des points de vue différents, une faune et une flore particulière…c’est une nuance infinie d’ambiances qui s’offre à nous.

Lundi 26 avril,

c’est parti pour 4 jours sur Mayès accompagnés de nos acolytes d’ornithos (Alexis et Pierrick).

Nous avions déjà fait un passage furtif sur l’île il y a un peu plus d’un mois pour réaliser des lectures de transects. Transects à qui nous avons de nouveau rendu visite pour effectuer des mesures de profondeur de sol.

Le lendemain, en fin de matinée, nous avons fini notre travail. Nous en avons donc profité pour donner un coup de main aux ornithos qui réalisent sur l’île un suivi démographique de la population de Pétrel Bleu. Ces oiseaux nocturnes vivent dans des terriers. Environs 200 sont marqués et contrôlés d’année en année. Le principe de la manip est simple : repérer les terriers et vérifier s’ils sont occupés ou non. Dans des positions bien souvent tordues et inconfortables, nous enfonçons le bras pour tenter d’atteindre la chambre. Les Pétrels disposent d’un crochet au bout du bec ! La présence d’un oiseau dans la chambre ne fait donc aucun doute ! Ne reste plus qu’à le sortir du terrier, l’identifier par son numéro de bague, le baguer si ce n’est pas encore fait et réaliser de la biométrie. Les choses ne sont malheureusement pas toujours aussi simples qu’il n’y paraît...les terriers sont de vrais labyrinthes!


Pétrel bleu


Pétrel plongeur

Mercredi soir, le ciel est dégagé. Le vent est faible. C’est le moment ou jamais pour faire une session de capture au filet. Tendu sur une vingtaine de mètre devant une zone de terriers, le filet permet de piéger les Pétrels en vol. Toutes les 15 min, nous allons récupérer les oiseaux pris dans la maille et les plaçons dans une poche en tissu pour limiter le stress. De retour à la cabane, Pierrick et Alexis se chargent d’identifier et mesurer les individus capturés avant de les relâcher. Un fond de musique, des murmures, des mouvements légers,…tout est fait pour que l’ambiance dans la cabane soit la plus calme possible. Une soirée vraiment géniale.

Lise relâche un Pétrel bleu...

...puis c'est mon tour!

Mais Mayès ne se résume malheureusement pas uniquement à ses oiseaux. Les Souris ont littéralement envahi l’île. A la nuit tombée, elles sont des vingtaines devant la cabane. A peine effrayées par notre présence, elles n’hésitent pas à nous courir entre les jambes. Fort heureusement, la cabane est « étanche » et leur présence ne se limite qu’à l’extérieur et aux cloisons (j’étais à deux doigts d’appeler les forces de l’ordre pour tapage nocturne).


Vendredi 30 avril,

nous quittons Mayès pour Australia. A notre tour de faire bosser les Ornithos …Une heure de manip et nous voilà tout les 4 (les ornithobios pour l’occas) en week end ! Ca tombe bien car nous avions prévu un petit trek de deux jours sur l’île (la deuxième plus grande du Golf après Ile Longue).

Australia Sud

Première étape, la cabane d’Australia Nord située à environ 4h de marche de la cabane d’Australia Sud. La météo est excellente et nous en profitons pour faire un détour par les hauts plateaux. L’occasion d’admirer l’île voisine qui n’est ni plus ni moins que Mayès. Depuis les hauteurs, elle semble bien petite mais les ornithos (un peu bretons) ne peuvent s’empêcher de clamer sa grandeur ! Il faut quand même se rendre à l’évidence : il est vrai qu’Australia, malgré ses paysages de rêve, fait pâle figure en terme de faune…on ne peut pas tout avoir !

Les ornithos et Mayes...toute une histoire d'amour!

la team Ornithobio

Le lendemain, passage au Nord Ouest de l’île pour admirer les lacs puis ascension du Mont Cookii avant de retourner à la cabane du Sud.

Après deux jours de marche sous le soleil (chose de plus en plus rare) nous retrouvons des lits douillets des images plein la tête. Mais vers 1h, impossible de fermer l’œil. Je m’étonne même à ressortir et finir mon bouquin (petite pub en passant pour La Princesse des glaces de Camilla Läckberg…super ! merci les amis). Je ne suis pas le seul à ne pas trouver le sommeil…


Lundi 03 mai,

Alors que nous faisons route en chaland vers Mayès pour y redéposer les ornithos, nous apprenons qu’il y a eu une grosse aurore australe dans la nuit…vers 1h du matin ! Or, les aurores provoquent des anomalies magnétiques ! Il ne nous en faut pas plus pour comprendre la raison de nos insomnies ! Morale de l’histoire : la prochaine fois que je n’arrive plus à dormir, d’abord aller jeter un œil dehors avant de se plonger dans un livre (merci les amis ! j’ai loupé une aurore ! lol).

Après une semaine passée en compagnie de nos amis ornithos, il est temps pour Lise et moi de retrouver la quiétude de notre binôme. Mais c’est sans compter sur les Choux et Azorelles de Ile Verte ! Ces derniers s’impatientent depuis janvier que nous leur rendions de nouveau visite !

Presqu'île Ronarch depuis la cabane de Verte...ma vue préférée!

Nous passons 4 jours assis, à genoux, à 4 pattes, courbés, allongés,…en fait n’importe quelle position qui permet d’avoir la tête au ras du sol…pour mesurer les Choux et Azorelles marqués.

Bien évidemment il nous faut composer avec la météo :

10h01, soleil sans vent.

10h15, pluie.

10h26, le vent s’est levé.

10h27, on se croit de nouveau en été.

10h33 on est en plein blizzard !

En 32 minutes, voilà les quatre saisons qui se sont succédées ! De quoi rendre chèvre une grenouille !

Heureusement, nos vêtements de terrain nous permettent de faire face à toute sorte d’intempérie. Et puis on finit par acquérir certains automatismes. Par exemple, quand on est à 4 pattes, toujours présenter le postérieur face au vent ! Primo, ça permet de protéger le visage de la grêle, les fesses étant beaucoup moins sensibles. Secundo, ça évite de faire du papier mâché avec les feuilles de manip !

Ile Suhm

Ecrit dans la nuit du 3 au 4 mai.

Ile Verte,

Dans la cabane, personne ne dort.

Lise s’est réfugiée dans un livre.

Je suis subjugué et hapé,

Fasciné et terrifié.


Il est 4h30.

Dissimulée par d’épais nuages, la Lune peine à éclairer la scène.

Dehors, tout est de gris.

De cette masse monochrome émergent des halots blanchâtres.

A folle allure, des ondes fantomatiques flottent, se déplacent et glissent à la surface de l’eau.


Le lit tremble,

La cabane vibre,

Ile Verte toute entière semble gronder.


L’air déferle sur notre abri.

Le bois craque.

Les murs grincent.


A ce stade,

Le tout n’est pas de savoir si la cabane a déjà affronté de telles forces,

Mais de savoir si elle peut résister à nouveau.


Car dehors,

Le vent souffle

Et la tempête fait rage.

A la VAC du lendemain, nous avons appris que dans la nuit le vent a soufflé à environ 150km/h de moyenne. Des rafales à 218km/h ont été enregistrées à proximité de la base (il y a eu quelques dégâts matériels).

Sur Ile Verte, il était hors de question de sortir un anémomètre à la main ! Nous ne saurons donc jamais à combien le vent a soufflé. Tout ce que je peux vous dire, c’est que Lise et moi en avions des crampes d’estomac tellement s’était flippant. Mais la cabane a tenu bon…merci l’IPEV de nous faire des abris aussi solides.

Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite bon vent à tous.

18 avr. 2010

Sourcils Noirs et Phonolite

6h20 du matin, je n’arrive plus à trouver le sommeil. Donc plutôt que de tourner en rond dans mon lit, je me suis dis « Tiens, je vais écrire un mail ! ».

Mais qu’est ce que je fais réveillé à cette heure un dimanche ?

Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas devenu insomniaque. C’est juste que l’hiver a fait son grand retour. Résultat des courses, avec la chute des températures, nos petites amies les Souris font leur grand retour dans les bâtiments.

Hier déjà, une d’entre elle a eu l’audace de farfouiller toute la journée dans ma poubelle et même de monter sur mon lit ! J’ai installé un piège et dans la soirée j’ai entendu le « clic » de la porte métallique qui se refermait. Et de une !

Et voilà que dans la nuit une seconde souris a fait irruption dans ma chambre. Elle a passé la nuit à se promener à droite à gauche. Vers 6h, tout chavire ! Je réalise que la gloutonne est dans ma cantine. Je l’imagine en train de se goinfrer de mes Crackers Manaco ! Il ne m’en faut pas plus pour passer à l’acte ! La pauvre est prise au piège…et je me transforme en bourreau à 6h15 du matin…une journée qui commence de façon bien étrange !

Demain, Lise et moi quittons à nouveau la base pour nous rendre 5 jours sur Guillou. Il est temps pour nous de reprendre notre boulot d’Ecobio et de nous recourber dans les plantes. Après l’OP, nous avions en effet décidé de nous accorder quelques jours de off afin de pouvoir accompagner Alexis et Pierrick (les deux VATs ornithos) pour une de leur manip à Sourcils Noirs. Au programme, baguage des jeunes d’Albatros fuligineux et d’Albatros sourcils noirs avant envol pour le suivi démographique des deux espèces. Il était également prévu de poser des petites balises Argos sur 5 jeunes Albatros fuligineux afin d’en savoir un peu plus sur leurs déplacements.

Jeudi 8 avril, le chaland nous dépose tout les 4 au Halage situé entre la presqu’île Ronarch et la péninsule Jeanne d’Arc. La météo n’est pas des plus engageantes mais la pluie ne nous fait plus peur. Et c’est parti pour 3h30 de marche pour arriver à la cabane de Sourcils Noirs. Pas le temps de se chauffer les cuisses qu’il faut déjà avaler 400m de dénivelé dès le départ. Le plafond nuageux est bas et nous sommes vite la tête dans le brouillard. Le vent se lève…pas de doute, nous avons atteint le plateau des Hauts du Hurle Vent. Avec un nom aussi évocateur, on peut s’estimer heureux d’avoir eu le vent de dos ! Une fois sur le plateau, le ciel finit par se dégager et nous apercevons déjà le canyon au fond duquel est installée la cabane. Au loin, sur notre droite, nous distinguons le haut des falaises abruptes de Baie de la Pic. Après 1h30 de marche sur le plateau nous nous engouffrons dans les gorges. Plus que 20 min de descente et nous voilà arrivés à la cabane.

Blotti au fond d’un canyon, à l’affluence de deux torrents, le chalet a fière allure.

Cabane de Sourcils Noirs

Dès le lendemain matin, nous débutons la manip ornitho. Les sites d’étude étant principalement sur la côte, il nous faut quotidiennement remonter sur le plateau situé au Sud du canyon puis redescendre la falaise pour accéder à la zone de nidification. Le spectacle est tout simplement hallucinant.

La colonie de Sourcils Noirs semble comme accrochée à la falaise. Les adultes ont quitté le nid mais certains d’entre eux survolent encore la zone, profitant des courants aériens, pour venir nourrir leur petit. Les jeunes, déjà aussi gros que les parents finissent de perdre leur duvet et exhibent leur beau plumage d’adolescents. Pour le moment, ils se contentent juste de battre des ailes pour se muscler. Mais bientôt il sera temps pour eux de prendre leur envol. Une envie de liberté flotte au dessus de la colonie.

Sourcil noir (juvénile)

Les Sourcils Noirs ne sont pas les seuls locataires de ces falaises. Les Gorfous macaroni ont eu aussi pris possession des lieux. Beaucoup plus bruyants que les Albatros, ils sont revenus en couple pour muer. Très territoriaux, ils n’hésitent pas à se prendre le bec (je comprend mieux l’expression maintenant) et à se boxer à coups d’ailerons. Ainsi, chaque couple est séparé de ses voisins d’une distance qui équivaut à la taille d’un aileron. Du coup, malgré le bazar auditif, la colonie de Macaronis est très bien structurée au niveau visuel.

Gorfous macaroni

Les Albatros fuligineux sont les plus discrets. Les nids sont situés à l’écart au pied de petites parois rocheuses humides. J’avais déjà eu l’occasion de croiser ces poussins masqués sur Ile Haute et à Cap Cotter. Le temps s’est écoulé et leur physionomie a bien changé. Le gros duvet gris a presque disparu et le masque blanc s’est estompé. Ca ne me rajeunit pas tout ça !

Pour les manips, nous décidons de nous séparer en deux équipes : 1 Ornitho + 1 Ecobio. Pour limiter l’effet manipeur dans les mesures, Pierrick et Alexis se chargent du baguage et des mesures biométriques (longueur du bec, de l’aile, poids, hauteur du crochet). Et l’Ecobio dans tout ça, il fait quoi ? J’ai envie de vous répondre : « il se fait vomir dessus ! ». Nous étions en charge de saisir le poussin par le bec et de le maintenir, ailes plaquées le log du corps, pour permettre aux ornithos de faire leur boulot.

Le fait de devoir les manipuler n’est pas sans désagréments pour les oiseaux. Ils sont plus ou moins stressés d’un individu à l’autre. Vomir constitue une réponse au stress ! Autant dire qu’à la fin de la manip, nous dégagions une « légère » odeur !

Lundi 12, Alexis et Pierrick finissent de poser les deux dernières balises Argos en fin de matinée. Nous avalons un casse croûte au soleil et profitons un dernier instant du spectacle de la colonie.

Le beau temps se maintient et nous décidons d’aller jusqu’à la baie de la Pic. Je découvre alors Kerguelen sous une facette qui m’était encore inconnue. La baie porte bien son nom. Nous marchons au sommet de falaises abruptes d’environ 400m de hauteur. La verticalité est telle qu’on a peine à se rendre compte de la distance qui nous sépare de la mer.

La côte est découpée et je comprends alors pourquoi les premiers navigateurs ont surnommé Kerguelen « Ile de la Désolation ». Depuis la mer, il est tout simplement impossible d’envisager de mettre le pied à terre. Kerguelen donne une image d’île vierge, sauvage, minérale et inaccessible. Les falaises s’érigent telles une barrière dans l’immensité de l’Océan Indien. L’Homme n’est que peu de chose.

Mercredi 14, nous quittons la cabane de Sourcils Noirs pour nous rendre à Phonolite, sur la presqu’île Ronarch.

Le plateau des Hauts du Hurle Vent est bien différent d’à l’aller. La neige a fait son apparition et lui donne une toute autre allure. Quel bonheur de marcher dans cette ambiance nordique, de voir les choux et l’acaena recouverts d’un manteau blanc immaculé.

Plateau des Hauts du Hurle Vent sous la neige

Acaena et Poa Cookii sous un manteau blanc

Vers 14h, nous arrivons enfin à la cabane de Phonolite. Située au pied de la Tête d’Homme, massif de Phonolite (roche volcanique verte), elle bénéficie d’une vue imprenable sur la vallée de Phonolite, sur le Mont Rouge et sur le Mont Wiville Thomson.

cabane de Phonolite

Jeudi 15, faute de temps pour pouvoir réaliser une excursion jusqu’à la rivière des Macaronis et la Muraille de Chine (à l’est de Ronarch), nous décidons de remonter la vallée de Phonolite jusqu’au Bastillon avant de remonter au col situé derrière le Mont Rouge. A 500m d’altitude, nous avons l’impression d’être en haute montagne. Le vent est froid mais le spectacle en vaut vraiment la peine.

Vendredi 16, c’est l’heure de rentrer sur base et de quitter ce havre de paix. Promis, je reviendrai pour tenter l’ascension du Mont Wiville (900m) et faire un saut à l’Est de Ronarch. Mais comme l’hiver fait royalement son entrée il faudra sans doute attendre le printemps !

9 mars 2010

Tour Courbet

Mardi 2 mars 2010. PAF - Cataractes

Il est aux alentours de 9h quand nous nous rejoignons au L5, Laurence, Maurice et moi. Je viens de passer en cuisine pour récupérer le peu de nourriture que nous allons emporter.

Les sacs sont enfin prêts et nous pouvons prendre la route pour notre première étape du Tour Courbet. 6h de marche nous attendent. Si tout se passe bien, nous devrions être à la cabane de Cataractes vers 16h en tenant compte de la pause déjeuner.

Le transit PAF-Cataractes est et sera la seule étape où nous ne longerons pas la côte. Bien au contraire, c’est une longue marche dans un décor aride, presque stérile, qui nous fait face.

Sans nous en rendre réellement compte, nous prenons petit à petit de la hauteur. La péninsule Courbet se dévoile à nos yeux par cette météo claire et dégagée. De multiples lacs et rivières sont visibles et nous mesurons la chance que nous avons de ne pas avoir à contourner ou traverser chacun d’eux. Le caillou est une valeur sûre! Depuis les hauteurs, nous pouvons presque reconstituer chacune des étapes qui constitueront notre périple. Nous n’aurions pas pu faire mieux comme introduction!

Vers 13h, au passage d’un col, nous apercevons enfin la côte Nord de la péninsule ainsi que l’Anse de Betsy à proximité de laquelle se trouve la cabane. Sommes nous arrivés pour autant? Non, il nous aura encore fallu 3h de marche pour arriver à la cabane de Cataractes.

Située à 300m de la plage, elle est installée sur les hauteurs, au niveau d’un coude de la rivière Cataractes. Depuis les deux modules rouges qui la constituent, nous bénéficions d’une vue magnifique. D’un côté, la cascade de la rivière. De l’autre, l’embouchure de cette même rivière qui vient se jeter dans l’Océan Indien. Les vagues viennent se fracasser contre le rocher. En arrière plan, l’océan à perte de vue et les falaises abruptes de la Baie des Cascades…un décor de rêve!

Bonbon

La cabane par contre est dans un triste état.

Le premier module, le plus récent, est aussi le plus petit. Une table branquignole et quelques touques font offices de salle à manger. Une petite étagère sur laquelle est posée un camping gaz fait quant à elle guise de cuisine…on se sent à l’étroit! L’avantage c’est que tu n’as pas besoin de te lever de ta touque pour cuisiner!

Le deuxième module, plus spacieux, sera notre chambre à Laurence et moi.

Et là, on va de surprise en surprise!

Dehors il pleut. Et nous ne tardons pas à découvrir qu’il pleut aussi à l’intérieur.

Avec Laurence, nous décidons donc de nous installer dans l’entrée…seul espace au sec. Et nous recouvrons les deux matelas avec une couverture qui avait semble-t-il connue l’assaut des souris!

En bref, une «super» nuit en perspective.

Je m’enferme dans mon sac de couchage et finis par m’endormir malgré le clapotis de l’eau qui goutte du plafond.

Mercredi 3 mars 2010. Cataractes

8h30…je suis réveillé par Laurence qui vient de pousser un petit cri.

- Qu’est ce qui se passe?

- Je viens de voir une souris au-dessus du matelas, juste à côté de toi!

Ni une, ni deux, je bondis hors de mon sac de couchage…une bonne journée qui s’annonce. En même temps, 8h30, c’est une heure raisonnable pour commencer à s’activer un peu!

Je glisse le nez dehors, résolu à aller faire chauffer un thé. Je comprends alors pour la deuxième fois en moins de 10 min que la journée s’annonce bien! A l’extérieur, il y a du brouillard à couper au couteau, il pleut et il y a du vent. Impossible de travailler dans ces conditions.

Nous passons donc la matinée dans la cabane. L’occasion d’apprendre à Laurence à faire du crochet.

A midi, après un bon Couscous royal en conserve, nous décidons de partir sur le terrain…direction Anse de Betsy pour réaliser des prélèvements de plantes. Mais pour ça, il nous faut atteindre l’autre rive de la rivière Cataractes.

Première tentative par l’embouchure mais la marée est haute. Le passage est impossible.

Nous décidons donc de remonter la rivière pour trouver un secteur moins profond et avec moins de débit. Après 45min de marche, nous abandonnons…la pluie de la veille ayant alimenté le lit de la rivière…retour au point de départ…la cabane!


Jeudi 4 mars 2010. Cataractes – Cap Cotter.

Troisième jour de manip et deuxième jour de marche.

Aujourd’hui, nous faisons cap sur Cap Cotter soit environ 4h30 de randonnée.

Le décor est à l’opposé de celui traversé pendant le premier transit. Nous quittons les paysages désertiques pour longer la côte Nord de la Péninsule Courbet.

Le ciel est dégagé mais le vent souffle. Poussé par les rafales, l’océan est déchaîné. Les déferlantes atteignent 3-4 mètres et viennent s’écraser sur le rocher propulsant leurs embruns sur une dizaine de mètre de hauteur.

C’est une nature brute que nous découvrons. L’Eau, l’Air et la Terre se font face et s’opposent dans un combat violent et pourtant si beau à contempler.

Au milieu de cette guerre des éléments, la faune continue de nous surprendre. Et je fais trois nouvelles rencontres.

Tout d’abord, le Grand Albatros. Avec près de 3m50 d’envergure, il est l’un des plus grands oiseaux au monde. Ce géant des airs ne semble aucunement gêné par la force des vents. Il continue de planer malgré les rafales. Certains individus sont encore sur nid et il nous est possible de les approcher. D’un blanc immaculé et d’une taille énorme il nous est impossible de les rater ! De loin, on voit de grosses tâches blanches!


parade de Grand Albatros


colonie de Gorfous macaroni

Deuxième rencontre, les Otaries. De la taille d’un chien de taille moyenne, elles ont le caractère d’un caniche. Argneuses, elles ne cessent d’être sur la défensive dès qu’on passe près d’elles. Elles se dressent sur leurs pattes avant et grognent en montrant les dents. Attention, ça mord!

Troisième rencontre, et pas des moindres, les colonies de Gorfou macaroni. Ils sont là, plantés au flanc de la côte, exposés aux embruns et au vent. Serrés les uns contre les autres, ils sont des milliers. Un spectacle fascinant auquel nul ne peut rester insensible.

Nous arrivons à la cabane vers 14h. Spacieuse et confortable, sèche et lumineuse…ça fait du bien.

Nous profitons de l’après midi pour partir à l’assaut du Mont Campbell, qui du haut de ses 250m, avait constitué un excellent repère visuel au cours du transit.


Vendredi 5 mars 2010. Cap Cotter – Cap Noir

Cap Noir, lieu de refuge à l’issue de notre troisième étape du tour Courbet.

Un ciel ouvert et le vent de dos…parfait pour profiter pleinement de ce transit, une fois de plus chargé en émotions.

Les colonies de Gorfou macaroni laissent place aux colonies d’otaries. Tranquillement installées sur des tapis de Leptinella plumosa aux douces odeurs de miel, elles se dorent au soleil…il faut en profiter tant qu’il y en a! Surprises par notre arrivée, elles se dressent, grognent et cherchent à nous intimider. Quelques unes, plus téméraires, n’hésitent pas à nous attaquer. Difficile de garder son sang-froid quand on voit toutes ces petites dents acérées!

Pourquoi sont-elles si agressives à notre égard ? En fait, tout comme les éléphants de mer, la posture avec le torse dressé est un signe d’attaque. Nous, chers bipèdes que nous sommes, sommes donc pris pour des agresseurs. Elles se contentent donc de défendre leur territoire! Il faudrait tester de traverser une colonie en rampant histoire de vérifier cette hypothèse! Un volontaire?

Après 3h de marche, nous apercevons la cabane de Cap Noir. Blottie au sommet du cap, elle semble être à la fois sur terre et en mer. Encore une cabane depuis laquelle la vue promet d’être grandiose.

Encore 30min de marche et nous atteignons notre nouveau logis implanté au beau milieu d’une colonie d’otaries…il faudra se méfier à la nuit tombée! Ca serait dommage de se faire mordre en allant au petit coin!

Avec Laurence, nous profitons d’avoir l’après-midi et une météo clémente pour revenir sur nos pas. Nous avions repéré de superbes stations à Poa Cookii à flan de falaise…l’occasion de faire quelques prélèvements.

Mais comme à chaque fois à Kerguelen, les manips boulot gardent un grand intérêt «touristique». Nous avons le plaisir de pouvoir approcher des poussins d’Albatros fuligineux (une vingtaine de nid) qui tels des quilles au duvet gris nous regardent d’un air inquiet en claquant du bec. Les adultes ne sont pas loin et poussent des cris qui font penser à des lamentations.

Demain, nous continuons notre transhumance pour rejoindre Ratmanoff et ses manchots royaux…ils sont près de 150.000 à nous attendre!


Dimanche 7 mars 2010. 8h Ratmanoff

Je suis là, assis en indien sur la terrasse de la cabane du Guetteur. J’observe l’un des plus beau spectacle qu’il m’ait été donné de voir. Des visions comme celle-ci, qui vous prend dans les tripes, on a envie de les prolonger et de s’en imprégner au maximum.

Je ne vois pas. Je ressens ce qui m’entoure.

Et les mots ne me viennent pas pour décrire cette magie que seule la nature est capable de créer.

Le soleil me réchauffe la peau. Le doux bruit des vagues peine quant à lui à recouvrir le chant et les cris de ces milliers de Manchots royaux.

Devant moi, à perte de vue, s’étend la colonie de Ratmanoff. Ils sont plus de 150.000, regroupés et serrés les uns contre les autres pour former la deuxième plus grosse colonie de Manchot royal au monde.

colonie de Ratmanoff

Tous mes sens sont sollicités. J’ai comme l’impression de n’être qu’une extension, un prolongement de cette scène. Toutes mes cellules vibrent, se synchronisent et s’harmonisent avec ce spectacle. Je suis en symbiose avec ce qui m’entoure et je me sens terriblement bien.

Pourquoi sont-ils regroupés là?

En fait, après l’accouplement, l’œuf est pondu, placé sur les pattes et recouvert d’un bourrelet de peau afin de le garder au chaud. Le partenaire qui n’a pas l’œuf part alors en mer pour se nourrir. Cela peut prendre plus d’une dizaine de jours. A son retour dans la colonie, il doit retrouver le couveur. Comment se reconnaissent-ils au milieu de cette foule? Par le chant. Car chaque individu a un chant qui lui est propre et que les partenaires savent reconnaître. A l’approche de la colonie, le partenaire parti en mer chante. Le second lui répond. Guidé par le son, ils parviennent à se retrouver.

Dès lors, les rôles sont inversés. L’œuf est échangé sans perdre de temps car les prédateurs (Skua et Pétrel géant) guettent la moindre erreur. C’est alors au tour de l’ancien couveur de partir en mer pour se nourrir.

Au cours d’un voyage, ils peuvent prendre plusieurs kilos et stockent la nourriture dans leur jabot. Elle sera régurgitée plus tard au poussin en fonction des besoins de ce dernier.

Le cycle se répète jusqu’à ce que le poussin, trop gros pour tenir entre les pattes des parents, devienne un peu plus autonome. Il regagne la crèche formée par l’ensemble des poussins de la colonie. Ils ne sont pas encore capables de se nourrir par eux même donc ils réclament de la nourriture au premier adulte qui passe. Et parfois, ça fonctionne. L’adulte, dans un élan de générosité, lui lègue un peu de cette précieuse mixture qu’il conserve dans son jabot.

Manchots royaux

Pour revenir à notre tour Courbet, hier nous avons marché environ 5h30 pour rallier Cap Noir à Ratmanoff. Une grande partie du transit se faisant sur la plage de sable noir…un décor encore radicalement différent de ce que nous avions vu les jours précédents.

Nous avons entre autre croisé les cadavres d’une centaine de Globicéphales qui se sont échoués il y a 2 mois sur la plage qui longe le lac Marville. Au milieu de tous ces ossements, nous sommes heureux d’apercevoir ces petits groupes de Papous et de Manchots qui flânent sur la plage.

Nous avons rejoins Anette et Alexis à la cabane du Guetteur vers 15h30. Que font-ils? Ils guettent le retour d’individus marqués et équipés de balises GPS, Argos et d’une série d’autres capteurs. Du lever au coucher du soleil, 7j/7, ils se relayent par tranches de 3h depuis plus d’un mois pour ne pas louper leur retour…

La cabane est placée au bord de la manchotière. C’est presque une villa en comparaison aux autres cabanes que nous avons visité.

cabane du Guetteur (Alexis cette année!)

Aujourd’hui, il nous faut malheureusement quitter ce cadre idyllique pour nous diriger vers Morne.

Dimanche 7 mars 2010. Ratmanof – Morne

Il est 21h et me voilà enfin dans mon duvet. Nous avons quitté, non sans mal, la manchotière de Ratmanoff vers 10h.

Après une heure de marche sur la plage, toujours entourés par les manchots, nous finissons par rejoindre les traces du tracteur. Le chemin est désormais tout tracé et il est triste de devoir marcher dans les ornières après plusieurs jours en totale immersion.

Papou

Le trajet jusqu’à Morne est long, presque interminable.

A l’heure de midi, nous passons à côté d’un cadavre de jeune Cachalot sur lequel les Pétrels géants se chargent du nettoyage!

Puis nous arrivons à la rivière des Calcédoines. Rien de spectaculaire à première vue. Mais dès qu’on regarde au sol, on découvre de petites pierres polies :les Calcédoines. Aux teintes multiples, veinées de cristaux, elles sont vraiment magnifiques.

A ce stade, nous avons encore deux heures de marche et au loin, la cabane est déjà visible…on a l’impression de ne pas avancer.

Ne nous reste plus traverser le désert de Morne et nous serons arrivés.

Il est 17h quand nous franchissons la porte de la cabane qui a des allures de refuge de montagne.

Quant au site, il n’a de morne que le nom. Le cadre est certes moins impressionnant que celui des jours précédents mais il n’en reste pas moins magnifique. Des éléphants de mer, des otaries, des pétrels géants,…nous ne sommes une fois de plus pas seuls.


Morne

Lundi 8 mars 2010. Morne – PAF

Les marches les plus courtes ne sont pas forcément celles qui paraissent les moins longues. Preuve en est avec cette dernière étape du tour.

En fait, on se rend rapidement compte que quand on marche, on finit par se déconnecter de la notion temporelle. Seules la distance parcourue et celle qu’il reste à effectuer servent de repère.

Les choses se compliquent quand un repère visuel est visible du début à la fin! Et c’est malheureusement le cas du transit jusque PAF. Le château d’If (situé dans la Baie norvégienne) et la boule du CNES (près de la base) sont comme un fil rouge. Du coup on a l’impression de ne pas avancer et ça devient difficile psychologiquement.

Nous mobilisons l’énergie qu’il nous reste et au bout de 4h de marche, nous arrivons enfin au bâtiment géophy où on vient nous chercher en voiture.

La boucle est bouclée.

27 févr. 2010

Guillou et Cochons

Après une petite période d'absence, séjours sur Ile Guillou puis Ile aux Cochons obligent, je refais enfin surface.

Et comme le mois de mars s'annonce aussi chargé (et palpitant) que le mois de février, j'anticipe et profite du week end pour vous donner quelques news depuis les Terres australes. Il faut dire, depuis que nous sommes rentrés jeudi de Cochons, j'ai enfin l'impression de pouvoir souffler. Quelques jours sur base, ça fait un bien fou. Enfin un vrai week end! Le calme avant la tempête car le mois de mars s'annonce...sportif!

Ces deux dernières semaines, nous avons terminé notre tour des îles du Golf du Morbihan. Il y a bien quelques îles sur lesquelles nous n'avons pas posé les pieds mais il faut garder une part d'inconnu... Et puis, on peut s'estimer heureux d'avoir pu séjourner sur celles où nous sommes allés. Certaines personne sur base n'auront pas la chance de visiter ne serait-ce qu'une seule d'entre elles.

Du 15 au 19 février, j'ai passé 5 jours sur Guillou accompagné de Lise (on change pas une équipe qui gagne) et de François (qui bosse pour un programme d'étude sur les populations de Salmonidés). L'île Guillou est la dernière du Golf et elle a la particularité d'être quasi raccordée à la Grande Terre. Une grille a d'ailleurs été érigée au niveau du passage pour empêcher les chats et les lapins de venir (re)coloniser l'île.

L'éradication du Lapin a semble-t-il été efficace. Par contre, nous avons vu un chat roder à proximité de la cabane...y aurait-il une fuite?

La cabane de Guillou est très connue. Avant même d'y aller, tout le monde en parle! Certes, elle est peinte en rouge et bénéficie d'une vue magnifique sur île Longue mais ce n'est pas la raison de sa célébrité!

Vous allez rire mais ce sont ses WC qui sont à l'origine de cet engouement...les plus beaux WC du Golf! Après un séjour de 5 jours sur place, je dirais même les plus beaux WC de Kerguelen!

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais avec ses murs rouges, sa porte bleue et sa fenêtre en forme de coeur, on se croirait projeté dans Alice au Pays des Merveilles! On y passerait des heures juste pour le plaisir d'observer le paysage!

Au programme sur Guillou, des transects, des transects et encore des transects...44 au total. Histoire de rajouter un peu de piment à tout ça, la météo a fait des siennes et le vent a soufflé...rafales à 60 noeuds (environ 120 km/h) pendant deux jours!

L'équipe de la logistique IPEV nous a rejoins sur Guillou jeudi pour faire quelques réparations dans la cabane. Nous avons donc passé la soirée à 6 dans une petite cabane...au moins, pas besoin de radian!

L'occasion de goûter aux moules! François s'était chargé de les ramasser dans la journée. En rentrant, session nettoyage et hop à la casserole...avec de la bière. Un pur délice! De loin les meilleures moules que j'ai jamais mangé. Le tout accompagné de frites et d'une dose de bonne humeur...une soirée que je suis pas prêt d'oublier!

Le lendemain, debout à 6h pour effectuer une manip de prélévement d'Acaena et de Taraxacum ainsi que des mesures d'humidité du sol...sous la pluie! Pas le choix, cette manip devait être faite le jour du départ et le chaland passait nous prendre en fin de matinée!

Comme je vous le disez au début, nous avons terminé notre visite des îles du Golf par un séjour de 4 jours sur Ile aux Cochons (du 22 au 25). Pourquoi Ile aux Cochons? Il se pourrait qu'il y ait eu un essai d'élevage de Cochons sur cette île. En tout cas si ça a été le cas, aujourd'hui il est clair qu'il n'y en a plus.

Contrairement à Guillou, l'île aux Cochons se situe plutôt dans le premier groupe d'îles du Golf. Avec Cimetière et Chat, elle délimite une zone bien protégée du vent et de la houle. Raison pour laquelle La Curieuse vient s'y abriter quand la mer est agitée.

Ile aux Cochons est une île de taille raisonnable. Elle est composée de trois sommets dont le plus haut doit atteindre 120m. La cabane est placée dans la zone la plus plate de l'île. Il s'agit d'un chalet de jardin consolidé (pour résister au vent) et réaménagé à l'intérieur pour pouvoir accueillir 3 personnes. La porte vitrée et les fenêtres font de cette cabane un espace très lumineux et très agréable à vivre.

Depuis la terrasse, nous apercevons deux reliques historiques de Kerguelen: le Cimetière des baleiniers situé sur Ile du Cimetière et l'épave de l'Alberta échouée dans les années 30 sur Ile du Chat. Sur île aux Cochons, c'est un énorme chaudron en fonte qui se veut témoin d'une ancienne présence humaine sur le site. Ca fait toujours un drôle d'effet de voir ces traces d'activités qui datent du début du siècle, un peu comme si le temps s'était figé.

Autre particularité de l'île, l'ambiance sonore qui y règne à la nuit tombée. En effet, un très grand nombre de Pétrels y ont élu domicile dans des terriers. Invisibles en journée pour échapper à la prédation des Skuas, ils ne sortent que la nuit. Ainsi, dès qu'on met le nez dehors, on est supris par la quantité d'oiseaux qui volent autour de la cabane (ça fait un peu penser à un vol de chauves souris). Chacun y va de sa chansonnette pour le plaisir de nos oreilles. Kerguelen dans toute sa splendeur, quand bien même il fait nuit: un environnement qui ne cesse de stimuler l'intégralité de tes sens.

Par contre c'est aussi la fiesta sous le plancher! Une petite dizaine d'individus s'est en effet installée sous la cabane! Entre les poussins qui réclament à manger, les conflits de voisinage,...il est difficile de trouver le sommeil dans un tel rafut! Heureusement, le plein air, ça fatigue!

Pour ne pas déroger à la règle, le programme de ces 4 jours sur Cochons...des transects! Mais attention, pas n'importe lesquels! Ce sont nos 44 derniers transects.

C'est donc parti pour 3 jours de terrain. Avec nous, Liénor (la chef météo de la base) qui nous accompagne pour nous donner un coup de main et visiter l'île.

Nous quittons la cabane tôt le matin...le vent ayant tendance à se lever en fin de matinée! A midi, nous cherchons un petit coin abrité du vent pour nous enfiler un casse croûte. Puis c'est reparti jusque 17h. Une routine, certes, mais qui se veut efficace. Nous réussissons à boucler nos 44 transects dès le mercredi en milieu d'aprem. Le traditionnel "the last one" de Lise résonne d'une manière tout a fait différente...nous en avons fini de nos transects.

L'heure du bilan a sonné. Quelques calculs savants (j'exagère, juste quelques multiplications!) et nous en venons à la conclusion suivante: nous avons réalisé pas moins de 230 transects. Chaque transect mesure 20m. Ce qui, mis bout à bout, représente 4,6km de transects...que nous lisons le plus souvent accroupis ou sur les genoux! Par ailleurs, à raison d'un point contact (avec détermination des espèces végétales qui touchent la baguette) tous les 10 cm...ça nous fait en théorie....46 000 points contacts. Dans la pratique beaucoup plus car j'ai oublié de préciser que nous tenons aussi compte des strates verticales de la végétation. Donc à la fin de notre manip transect, nous avons fait pas loin de 80 000 croix et parcouru 4,6 km sur les genoux!...cool

Vu sous cet angle, ça peut sembler un peu reboutant comme manip. Mais c’est en fait une chance unique de comprendre comment s'organise la végétation sur les îles. Depuis le chaland, on a du mal à imaginer une telle diversité. Par contre, quand on a le nez dedans (au sens absolu du terme) les choses sont radicalement différentes. Chaque île a son histoire biologique, sa géologie, son relief, ses particularités météorologiques,…Tous ces facteurs combinés ont une influence sur la structure des communautés végétales et c'est une chance de pouvoir s'en rendre compte.

Il est désormais temps pour moi de laisser les îles pour quelques semaines. Le mois de mars sera dédié à la découverte de la Grande Terre et plus particulièrement de l'Est de Kerguelen. A la fin du mois, la péninsule Courbet n'aura plus de secrets!
Dès mardi, je pars pour 6 jours de marche avec Laurence et Maurice (deux scientifiques de mon programme). Itinéraire: PAF-Betsy-Cataractes-Cotter-Digby-Ratmanoff-Morne-PAF. Au passage, nous en profiterons pour passer voir la colonie de Manchots royaux qui se trouve à Ratmanoff. Difficile de passer à côté, c'est l'une des plus grosses colonies au monde...plus de 150 000 individus! Ca va encore être un truc de folie!

Le tour Courbet, c'est aussi l'occasion de voir des Grands Albatros, des Otaries et des Gorfous macaroni. Je n'ai encore vu aucun des trois. Comme quoi, même après deux mois sur Kerguelen, il me reste des trucs à découvrir...et pas des moindre!

Puis retour sur base pour un jour avant de repartir pour trois jours sur île Australia. Et ensuite, j'enchaîne directement avec le tour Courbet Ouest avec David et Matthieu (deux autres scientifiques Ecobio)...6 jours de marches dont voici l'itinéraire: PAF-Studer-Port Elisabeth-Baie Charrier-Baie Cascade-Studer-PAF.

24 janv. 2010

Longue et Cimetière

On est dimanche, et comme tout les dimanches le repas de midi est décalé de 30 min. Et comme il est 11h55, ça me laisse un peu de temps pour donner quelques news fraîches (pas très vrai en ce moment). C’est maintenant ou jamais car demain on repart sur le terrain pour deux semaines. Au programme, 3 jours sur Ile Haute, 6 jours sur Ile Australia et 4 jours sur Ile Mayès. Que d’îles me direz-vous ! Et oui c’est l’avantage du programme Ecobio : on bouge beaucoup et dans des endroits différents. On est des petits chanceux parmi les chanceux !

Comme d’habitude, le retour sur base est toujours un moment assez stressant. Il faut de nouveau tout anticiper, préparer les prochaines manips, faire signer nos feuilles de manip,…mais ça permet aussi de renouer contact avec la civilisation et avec le confort ! Faut dire qu’après une semaine passée dehors et en cabane, la douche n’est pas superflue ! Seul avantage : pas besoin de gel pour se coiffer ! Les cheveux sont tellement gras que tu peux les modeler à volonté…sacrée économie…

Vous l’aurez compris, je reviens d’une semaine de manip. 4 jours sur Ile Longue, puis 3 jours sur Ile du Cimetière. Quel plaisir de pouvoir les découvrir avec une météo des plus estivale. On est en été ici et ça s’est vraiment fait ressentir cette semaine. Voilà un peu plus d’une semaine maintenant que le soleil et le ciel bleu sont de la partie. Le vent est calme, le ciel dégagé (le Mont Ross est visible tout les jours) et la température grimpe ! On s’étonne à abandonner la Gore Tex à la cabane et on finit même par laisser tomber la polaire. Bien entendu, la crème solaire ne faisant pas vraiment partie de notre fond de sac, on a très vite fait d’attraper des couleurs ainsi que des coups de soleil ! Heureusement, il y a toujours un tube de Biafine qui traîne dans les trousses à pharmacie! Sauvés. En tout cas, c’est une chose suffisamment rare pour qu’on en profite au maximum. Résultat des courses, on commence les manips le plus tôt possible le matin histoire de nous laisser le temps de flâner au soleil en fin de journée ! Un pur délice.

Nous avons commencé notre petit périple par île Longue…pas besoin de vous expliquer la raison de ce nom ! Notre travail sur place consistait à poser 17 transects de végétation dans la partie centrale de l’île. Hors de question de les installer n’importe où. Chaque transect doit répondre à des critères sur le milieu (par exemple Pelouse à Poa annua, Zone humide,…). Donc avant de commencer quoique ce soit, une première rando est nécessaire histoire de repérer des sites potentiels. Nous voilà, Lise et moi, à arpenter cette île…

C’est une île particulièrement étonnante. Tout d’abord, il faut savoir que c’est ici qu’est effectué l’élevage des Moutons Bizet (qui permettent de nourrir la base). Pas loin de 3000 têtes se partagent des parcelles riches en graminées (introduites ça va sans dire !). Les brebis et les béliers sont séparés pour éviter toute reproduction ! Apparemment les barrières ne sont pas à 100% étanches à en juger par le nombre d’agneaux…Les moutons, rarement tondus, portent une laine épaisse (environ 30kg) qui se dreade…des Rastas moutons en quelque sorte !

Le relief de l’île combiné à ces verts pâturages lui donnent des allures de prairies alpines. On prend très vite de la hauteur et l’île bénéficie d’une place privilégiée pour admirer l’organisation chaotique des îles dans le Golf du Morbihan. Le Mont Ross quant à lui nous fait l’honneur d’être parfaitement dégagé pendant toute la durée de notre séjour.

Par ailleurs, Lise et moi avons semble-t-il un sens de l’orientation hors paire ! Voilà comment on a bien failli se perdre sur les plateaux sommitaux de l’île. Mais comme on dit, « c’est en se perdant qu’on découvre » ! Dans notre errance, nous avons eu le plaisir de tomber sur ce lac d’altitude, qui tel une piscine à débordement semblait se déverser dans le Golf...Et comme la nature fait bien les choses, une petite plage de sable nous attendait ! L’occasion de retirer les bottes et de décongestionner nos pieds endoloris dans une eau tiède !

Au bout de deux jours et demi de travail, nous finissons de poser notre dernier transect. Et la météo étant toujours au beau fixe, nous décidons de flâner un peu et de partir pêcher de la truite dans un des lacs supérieurs. Au bout du compte, quelques touches et deux truites de 30 cm pour le dîner ! Si j’avais su qu’il fallait que je vienne à Kerguelen pour apprendre à pêcher !

La dernière matinée (mercredi 20), le berger a profité de notre disponibilité pour rabattre des agneaux afin de les tondre. Expérience amusante et parfois un peu flippante quand tout d’un coup un groupe de 50 agneaux, sentant le piège se refermer sur eux, te foncent dessus pour fuir. Surtout garder son sang froid, rester à sa place, leur faire face en criant et en agitant un pull…et ça fonctionne…au dernier moment ils font demi tour dans une frénésie collective…il y a pas à dire, c’est bête un mouton !

Normalement, le chaland devait venir nous chercher en fin de matinée. Mais comme le Golf était un pur miroir, on est venu nous prendre plus tôt en zodiac histoire de faire gagner du temps aux marins. Trop la classe de faire ce transfert Longue-Cimetière en surfant à toute allure sur cette mer d’huile. Les îles du Golf défilent sous tes yeux, les cheveux (gras) au vent, l’air pur et frais de la mer…une sensation de liberté.

Au bout de 40 min de zodiac, nous arrivons enfin sur Ile du Cimetière. Nous sommes accueillis sur la plage de galet noir par une petite colonie de Manchots Royaux. Ces majors d’hommes nous regardent d’un air suspect et semblent comploter sur notre dos ! Il faut dire qu’ils sont peu habitués à voir des hommes. Car contrairement à Ile Longue, l’île du Cimetière est très rarement visitée. En fait seul le programme Ecobio continue d’y réaliser des manips une fois par an…un privilège ? Oui et non ! Tout dépend de la météo ! Car cette fréquentation très limitée de l’île a entraîné un pseudo abandon de la cabane ! On nous avait bien prévenu avant notre départ… « Prévoyez TOUT ». Sur ces bons conseils, nous avions donc amené tout le matériel de camping : lampe à gaz, réchau, eau, matelas,…

La cabane est située derrière une petite barre rocheuse et n’est donc pas visible depuis la plage. Il nous faut monter la côté, chargés comme des mules pour atteindre notre logement. Après 10 min de montée, la cabane nous apparaît enfin ! Et on a beau être prévenu, ça surprend ! Vu d’extérieur, la cabane prend des allures cosmiques. Les fuites ont été réparées au fil des années avec du recouvrement de toiture et des pierres cèlent le tout ! Une Cyber cabane ! Heureusement, l’intérieur n’a rien à voir avec l’extérieur. Après un bon coup de balai, elle devient même très chaleureuse, presque luxueuse si on oublie le fait qu’il n’y a que les murs !

Le soleil était une fois de plus au rendez-vous. La manip « lecture de transect », s’est donc avérée plutôt agréable. Jeudi après-midi, travail terminé, il ne nous restait plus qu’à profiter (encore) de cette météo exceptionnelle. L’occasion aussi d’aller faire un tour vers le Cimetière de l’île (ce qui explique son nom). 18 baleiniers y ont été enterrés.

A l’heure où je finis d’écrire ce message, nous venons tout juste de finir de préparer le matériel pour les manips qui nous attendent. Me reste plus qu’à faire mon sac. Je croise les doigts pour que la météo soit aussi bonne que la semaine précédente…mais il ne faut pas rêver ! Une dégradation est prévue dès demain et le vent va souffler…rafales à 60 nœuds annoncées ! Je sens que les feuilles de manips vont voler !